Humour et Vigne : la biennale charentaise qui marie dessin d’humour et Cognac

En Charente-Maritime, le festival Humour et Vigne s’est imposé comme un rendez-vous à part : une biennale où le dessin d’humour dialogue avec le vignoble, le Cognac et la convivialité. Pour sa douzième édition, organisée du 24 juin au 3 juillet au cloître des Carmes de Jonzac, l’événement a mis à l’honneur l’artiste serbe zoran petrovic, tout en confirmant son engagement pour la liberté d’expression et l’ouverture internationale.

Une biennale pas comme les autres au cœur de Jonzac

Née en 1994, la biennale Humour et Vigne a progressivement construit une identité unique dans le paysage culturel français. Son principe fondateur est simple et puissant : croiser le regard des dessinateurs d’humour avec l’univers du vin et du Cognac, en faisant du rire un vecteur de lien social, de réflexion et de partage.

Installé au cloître des Carmes de Jonzac, le festival profite d’un cadre patrimonial chargé d’histoire. Les arcades, les pierres et les galeries couvertes offrent un écrin singulier aux expositions de dessins : un contraste savoureux entre la solennité du lieu et la légèreté apparente des traits, bulles et gags graphiques.

Au fil des éditions, Humour et Vigne s’est structuré autour de trois piliers :

  • Les expositions de dessins d’humour, souvent internationaux, qui mettent en scène la vigne, le vin, le Cognac mais aussi l’actualité, la société et les grands enjeux contemporains.
  • Les rencontres et dédicaces avec les auteurs, moments privilégiés pour discuter de leur travail, de leur engagement et de leur manière de faire rire ou sourire.
  • Une programmation festive qui ajoute concerts, dégustations et animations œnotouristiques à l’expérience culturelle.

Présidé par le dessinateur Nol, le festival a également développé au fil du temps une forte dimension itinérante, en participant à de nombreuses expositions hors les murs, en France et à l’international.

Zoran Petrovic, invité d’honneur à l’humour tranchant

La douzième édition de la biennale a choisi comme invité d’honneur le dessinateur serbe Zoran Petrovic, artiste installé en Allemagne et connu pour son trait incisif et son goût de l’absurde. Son univers graphique, parfois comparé à Terry Gilliam pour son côté loufoque et décalé, trouve un terrain de jeu idéal dans les thématiques liées au vin et au Cognac.

Pour l’édition de Jonzac, ses dessins :

  • orment les affiches du festival ;
  • habillent des cuvées spéciales créées pour l’événement ;
  • se déclinent sur des caisses de vin peintes, à la frontière entre œuvre d’art et objet du quotidien.

Dans l’une des images phares choisies en visuel, Zoran Petrovic s’amuse à faire la « part des anges et des diables » dans le Cognac. Un clin d’œil à la fameuse évaporation des eaux-de-vie pendant le vieillissement, transformée en scène burlesque où anges et démons se disputent les vapeurs d’alcool.

De la feuille blanche à la tronçonneuse

Artiste touche-à-tout, Zoran Petrovic ne se contente pas du papier et de l’encre. Il explore d’autres supports et d’autres gestes artistiques, en particulier :

  • la peinture sur caisses de vin, qui met en valeur l’objet emblématique des chais et de la logistique viticole ;
  • la sculpture à la tronçonneuse, où il taille des morceaux de bois en direct, dans un mélange de performance, de spectacle et de création.

Lors de l’ouverture de la douzième édition, une démonstration de sculpture à la tronçonneuse a ainsi été programmée. Un moment fort qui illustre l’esprit du festival : surprendre, faire sourire, tout en montrant concrètement comment l’art peut naître de gestes bruts et inattendus.

Quand humour graphique et culture du Cognac se rencontrent

L’une des grandes forces d’Humour et Vigne est de tisser un lien original entre dessin d’humour et culture du Cognac. Le vignoble charentais ne sert pas uniquement de décor : il devient une source d’inspiration, de métaphores et de jeux visuels.

Les thèmes abordés par les dessinateurs peuvent ainsi aller de la caricature bienveillante des vignerons aux clins d’œil à la dégustation, en passant par des réflexions plus profondes sur :

  • la relation entre tradition et modernité dans la filière ;
  • les enjeux économiques et sociaux autour du vin ;
  • l’image du Cognac à l’international ;
  • la place du plaisir, du partage et de la fête dans la culture du vin.

En donnant carte blanche à des artistes venus d’horizons variés, le festival encourage des regards décalés et souvent très inventifs. L’humour devient alors un outil puissant pour :

  • rendre le monde du vin plus accessible à un large public ;
  • désacraliser certains codes parfois jugés intimidants ;
  • ouvrir le dialogue sur des sujets sensibles (environnement, consommation, mondialisation…) sans lourdeur ni moralisme.

Un programme qui mêle expositions, rencontres et dégustations

Si le cœur du festival reste les expositions de dessins d’humour, la douzième édition a confirmé la richesse de sa programmation en multipliant les formats de rencontres et de découvertes.

Expositions, échanges et dédicaces

Tout au long de la biennale, les visiteurs peuvent déambuler dans le cloître des Carmes pour découvrir une sélection de dessins accrochés le long des galeries. Les œuvres de Zoran Petrovic, invité d’honneur, dialoguent avec celles d’autres dessinateurs, offrant un panorama varié de styles, de traits et de sensibilités.

Des séances de dédicaces et des moments d’échanges informels permettent de rencontrer les auteurs. C’est l’occasion de :

  • comprendre comment naît une idée de dessin ;
  • découvrir le cheminement entre croquis, scénario et gag final ;
  • parler de la vie de dessinateur de presse, de ses joies et de ses contraintes ;
  • faire dédicacer affiches, albums ou cartes postales.

Concerts et dégustations : la culture en mode convivial

Pour rester fidèle à son ancrage dans la région de Cognac, le festival accorde une place importante à la dimension gourmande et festive. Au programme :

  • des concerts qui animent les soirées et prolongent les discussions commencées devant les expositions ;
  • des dégustations qui mettent en avant le savoir-faire des producteurs locaux, dans un esprit de découverte et de modération.

Cette combinaison d’art, de musique et de saveurs contribue à faire d’Humour et Vigne une expérience globale plutôt qu’une simple visite d’exposition. Chacun peut composer sa propre trajectoire entre un dessin qui fait réfléchir, une conversation avec un artiste et un verre dégusté en fin d’après-midi.

Une « visite désorganisée » du vignoble charentais

Autre temps fort de la douzième édition : une « visite désorganisée » du vignoble charentais, proposée sur inscription l’après-midi du 30 juin. Derrière ce titre malicieusement provocateur se cache une manière ludique de découvrir le territoire.

L’idée est de sortir des sentiers battus de la visite guidée classique, en laissant une place plus grande à :

  • la surprise ;
  • l’échange direct avec les acteurs du vignoble ;
  • des anecdotes et des clins d’œil humoristiques sur le quotidien de la vigne et du chai.

En associant ainsi tourisme, pédagogie et humour, le festival offre aux participants une façon différente de regarder les paysages viticoles et le travail des professionnels du Cognac.

Un festival engagé après 2015 : hommage à Tignous et mobilisation

L’édition 2016 d’Humour et Vigne s’inscrit dans un contexte particulier : celui de l’après-2015, année marquée en France par les attentats contre Charlie Hebdo. En tant que festival centré sur le dessin de presse et l’humour, l’événement ne pouvait rester indifférent.

Les organisateurs se sont mobilisés en participant à des expositions et à des visites d’écoles en France et en Belgique, pour défendre la liberté de dessiner, d’exprimer des idées, de débattre et de rire ensemble.

Une exposition hommage à Tignous

La douzième édition accueille ainsi une exposition hommage à Tignous, dessinateur assassiné lors de l’attentat contre Charlie Hebdo. Cette exposition se tient en présence de sa veuve, ajoutant une dimension particulièrement émouvante et humaine à la manifestation.

Au-delà du simple hommage, cette présence rappelle que :

  • le dessin d’humour est un art vivant, parfois exposé à des risques, mais essentiel au débat démocratique ;
  • le rire peut être un acte de résistance et de résilience ;
  • les festivals comme Humour et Vigne participent concrètement à maintenir cet espace de liberté.

Un festival itinérant et international

En vingt-deux ans, Humour et Vigne n’est pas resté confiné à Jonzac. Le festival a participé à près d’une centaine d’expositions à travers le monde, notamment en :

  • Chine;
  • Irlande;
  • Serbie;
  • et d’autres pays où l’humour et le vin trouvent volontiers un terrain d’entente.

Cette ouverture internationale permet :

  • de promouvoir le Cognac et la culture viticole charentaise à l’étranger ;
  • d’accueillir à Jonzac des artistes du monde entier, enrichissant les échanges et les styles représentés ;
  • de faire circuler les expositions au-delà du cadre de la biennale, sur plusieurs continents.

Le festival se positionne ainsi comme un acteur culturel à la fois ancré localement et ouvert sur le monde, capable de faire rayonner un territoire à travers la créativité des dessinateurs d’humour.

Concours de bulles : quand le public entre dans le gag

Pour renforcer l’interaction avec le public, le festival s’appuie également sur des concours de bulles. À l’occasion de la douzième édition, le quotidien Haute Saintonge propose par exemple un jeu consistant à trouver un texte de bulle pour un dessin de Zoran Petrovic.

Ce type de concours présente plusieurs intérêts :

  • il invite chacun à se mettre dans la peau d’un auteur, en imaginant la chute ou la réplique parfaite ;
  • il valorise l’humour du public, qui devient co-créateur du gag ;
  • il crée un lien supplémentaire entre les lecteurs, les dessinateurs et le festival.

Le prix du concours est remis en fin de biennale, prolongeant ainsi l’événement au-delà des murs du cloître et impliquant les habitants comme les visiteurs de passage.

Pourquoi Humour et Vigne séduit le public et les professionnels

Au fil des éditions, Humour et Vigne a su fidéliser un public varié : amateurs de dessin de presse, professionnels du vin, habitants de la région, touristes de passage, familles… Son succès repose sur plusieurs atouts complémentaires.

1. Un positionnement unique en France

En associant de manière assumée dessin d’humour et culture du vin, le festival occupe une place singulière dans l’offre culturelle nationale. Ce croisement permet :

  • d’attirer des visiteurs qui ne seraient peut-être pas venus à un festival de dessin « pur » ;
  • de proposer aux acteurs de la filière viticole une manière originale de communiquer et de se raconter ;
  • d’offrir aux artistes un terrain de jeu thématique riche, inspiré par le vignoble.

2. Une expérience complète, entre culture, plaisirs et rencontres

Expositions, concerts, dégustations, visites du vignoble, concours de bulles… La diversité des formats fait du festival une expérience à 360°:

  • on y vient pour voir des dessins;
  • on reste pour échanger avec les artistes et les professionnels du vin ;
  • on repart avec des souvenirs de rencontres, de saveurs et de rires partagés.

3. Un engagement fort pour la liberté d’expression

Dans le contexte post-2015, le positionnement du festival prend une dimension supplémentaire. En donnant une place centrale au dessin de presse, en rendant hommage à des artistes comme Tignous et en multipliant les actions pédagogiques dans les écoles, Humour et Vigne rappelle que :

  • l’humour est un langage essentiel de la démocratie;
  • le dessin peut ouvrir le dialogue sur des sujets délicats ;
  • la culture offre des espaces indispensables de respiration et de réflexion.

4. Un levier de valorisation pour le territoire et le Cognac

Pour la région de Jonzac et le vignoble charentais, le festival constitue également un atout en termes d’image et d’attractivité touristique. Il contribue à :

  • faire connaître le cloître des Carmes et le patrimoine local ;
  • attirer des visiteurs qui découvrent ensuite la ville, les domaines et les chais environnants ;
  • renforcer l’identité culturelle de la région autour d’un événement original et qualitatif.

Humour et Vigne : un trait d’union durable entre rires et terroir

En plaçant un artiste comme Zoran Petrovic au centre de sa douzième édition, la biennale Humour et Vigne a confirmé ce qui fait sa force : un mélange assumé de créativité graphique, de plaisir de la table et de convictions en faveur de la liberté d’expression.

De la sculpture à la tronçonneuse aux expositions internationales, des hommages aux dessinateurs disparus aux concours de bulles ouverts au public, le festival trace année après année un sillon singulier dans le paysage culturel français. Un sillon où le trait acéré des auteurs répond aux courbes des vignes, et où le Cognac devient aussi un prétexte à raconter des histoires, à réfléchir et à rire ensemble.

Pour les amateurs de dessin, les curieux de l’univers viticole ou tout simplement ceux qui aiment conjuguer culture, convivialité et découverte, Humour et Vigne s’impose comme un rendez-vous à suivre et à redécouvrir, édition après édition.

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