Intelligence artificielle en Afrique : une vision panafricaine portée par Sidi Mohamed Kagnassi

L’intelligence artificielle (IA) connaît une envolée spectaculaire dans le monde, avec des investissements en très forte hausse. Pour l’entrepreneur ouest‑africain Sidi Mohamed Kagnassi, cette vague technologique ouvre une opportunité historique pour le continent africain : créer des millions d’emplois qualifiés, accélérer la transformation des entreprises et positionner l’Afrique comme un acteur de premier plan dans le numérique.

Mais cette promesse ne se réalisera pas automatiquement. Elle dépend d’un projet clair : bâtir un véritable écosystème panafricain de l’IA, capable de connecter investissements, talents, infrastructures et coopération entre États. D’où son affirmation forte : l’intelligence artificielle en Afrique sera panafricaine ou ne sera pas.

À travers les propos de Sidi Mohamed Kagnassi, découvrons comment l’IA peut devenir un puissant levier de création de valeur pour le continent, à condition de relever trois défis majeurs : l’infrastructure numérique, la formation des jeunes et la structuration d’un écosystème commun à l’échelle africaine.

Une révolution mondiale qui frappe à la porte de l’Afrique

L’IA n’est plus une technologie de niche. Elle irrigue désormais la finance, la santé, l’industrie, l’agriculture, le marketing, l’éducation… Les investissements mondiaux en IA ont bondi, avec une croissance de plus de 80 % sur une période récente, illustrant l’ampleur de la transformation en cours.

Selon un rapport de McKinsey cité par Sidi Mohamed Kagnassi, cette dynamique pourrait générer plus d’un million de nouveaux emplois en Afrique du Sud dans les prochaines années. Extrapolé au reste du continent, le potentiel est colossal : si chaque économie africaine capte une partie de cette valeur, l’IA pourrait devenir un pilier majeur de la croissance, au même titre que les matières premières ou les télécoms.

Autrement dit, l’enjeu n’est plus de savoir si l’IA va transformer l’économie mondiale, mais si l’Afrique choisit de la subir ou de la piloter.

Une jeunesse exceptionnelle, moteur stratégique de l’IA africaine

Le premier atout de l’Afrique, c’est sa population. Le continent compte déjà environ 200 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans, et d’ici 2050, plus de la moitié des Africains auront moins de 25 ans. Aucune autre région du monde ne dispose d’un tel réservoir de talents potentiels.

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, cette jeunesse est une chance extraordinaire pour le développement de l’IA sur le continent. Les jeunes Africains sont de plus en plus attirés par les nouvelles technologies, la programmation, la data, la robotique. Les gouvernements comme les acteurs privés commencent, eux aussi, à prendre conscience de l’importance stratégique de l’IA pour l’emploi et la compétitivité.

Mais il existe un décalage massif entre le nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail et la capacité actuelle d’absorption de ce marché. Selon la Banque Africaine de Développement, chaque année, environ 10 à 12 millions de jeunes Africains entrent sur le marché du travail, alors que seulement 3 millions d’emplois formels sont disponibles.

C’est là que l’IA devient une opportunité unique : en développant des formations diplômantes et professionnalisantes en IA, data science, automatisation et robotique, l’Afrique peut :

  • Créer de nouveaux métiers à forte valeur ajoutée (ingénieurs IA, data analysts, spécialistes en cybersécurité, experts en automatisation industrielle, etc.) ;
  • Réduire la dépendance aux importations de solutions technologiques étrangères en formant ses propres experts ;
  • Donner à sa jeunesse les compétences pour entreprendre, innover et créer des startups locales qui répondent aux besoins du continent.

La formation devient ainsi la clé de voûte : sans montée en compétences massive des jeunes, l’IA resterait une opportunité théorique. Avec une stratégie éducative ambitieuse, elle devient un véritable accélérateur d’emplois qualifiés.

Renforcer les infrastructures numériques : la nouvelle colonne vertébrale de l’économie

Pour que l’IA se déploie, il ne suffit pas d’avoir des idées et des talents. Il faut aussi une base solide : les infrastructures numériques. Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur ce point : demain, les réseaux, les data centers, la connectivité et la puissance de calcul seront aussi essentiels pour l’économie que les routes, ports et ponts l’ont été hier.

Certains pays ont pris de l’avance. L’Afrique du Sud, par exemple, compte déjà un important tissu d’entreprises ayant recours à l’IA, soutenu par un écosystème numérique plus mature. D’autres nations comme le Kenya et le Nigéria se positionnent également comme des pôles régionaux d’innovation technologique.

Mais pour que l’IA profite pleinement à l’ensemble du continent, il reste des chantiers structurants :

  • Améliorer l’accès à Internet haut débit, y compris dans les zones rurales et périurbaines ;
  • Développer des infrastructures de cloud et de data centers capables d’héberger et de traiter les données localement ;
  • Sécuriser les réseaux pour protéger les données des citoyens, des entreprises et des États ;
  • Standardiser certaines normes techniques pour favoriser l’interopérabilité entre pays africains.

Investir dans ces infrastructures, ce n’est pas un luxe technologique, c’est un pré‑requis économique pour permettre aux entreprises d’adopter l’IA, d’automatiser des processus, d’optimiser leurs opérations et de créer de nouveaux services.

Construire un véritable écosystème panafricain de l’IA

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, le message est clair : aucun pays africain ne pourra, seul, rattraper l’avance des grandes puissances numériques. La réponse doit être collective et panafricaine.

Plusieurs pays se distinguent déjà par leurs efforts en matière d’IA et de numérique : Afrique du Sud, Kenya, Nigéria, mais aussi Égypte, Maurice ou Tunisie qui investissent activement et progressent rapidement. L’enjeu est désormais de connecter ces dynamiques nationales pour créer un marché commun de talents, de financements et d’innovations.

Concrètement, un écosystème panafricain de l’IA repose sur plusieurs piliers complémentaires :

  • La coopération entre États pour partager les bonnes pratiques, harmoniser certains cadres réglementaires, co‑investir dans de grands projets numériques ou dans des plateformes de recherche communes ;
  • Le financement coordonné pour soutenir les startups IA à fort potentiel, les laboratoires de recherche, les hubs d’innovation et les incubateurs ;
  • La mobilité des talents pour permettre aux chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs de collaborer au‑delà des frontières ;
  • La valorisation des données africaines (dans le respect de la protection des données) afin de développer des solutions d’IA adaptées aux réalités locales : agriculture, santé, énergie, logistique, éducation ;
  • Le dialogue entre gouvernements, entreprises et société civile afin d’assurer un usage éthique, inclusif et responsable de l’IA.

Un exemple concret de cette dynamique est l’ouverture, en République du Congo, d’un Centre africain de recherche sur l’intelligence artificielle. Cette initiative démontre qu’il est possible de créer des infrastructures de recherche au service de tout le continent, et pas seulement d’un pays, à condition d’adopter une vision panafricaine.

Au cœur de cette stratégie se trouve aussi un objectif essentiel : lutter contre la fuite des talents. Dans des secteurs comme la santé, de nombreux profils hautement qualifiés quittent déjà le continent faute de perspectives suffisantes. En développant des écosystèmes IA attractifs, l’Afrique peut non seulement retenir ses talents, mais aussi en faire revenir une partie.

Comment l’IA transforme déjà l’entrepreneuriat africain

En tant qu’entrepreneur, Sidi Mohamed Kagnassi observe au quotidien le potentiel de l’IA pour réinventer les pratiques business. Selon lui, l’IA n’est pas une fin en soi, mais un instrument stratégique au service de la performance.

Elle permet aux entreprises de :

  • Gagner en efficacité opérationnelle en automatisant des tâches répétitives ;
  • Réduire les coûts en optimisant les processus internes (facturation, gestion des stocks, recouvrement, support client, etc.) ;
  • Prendre de meilleures décisions grâce à l’analyse de grandes quantités de données ;
  • Mieux comprendre et servir leurs clients via une personnalisation fine des offres et des campagnes marketing.

Sidi Mohamed Kagnassi cite par exemple des outils d’IA dédiés à :

  • La gestion de la relation client (CRM), avec des solutions capables d’analyser les comportements de paiement, de prédire les impayés ou d’optimiser les relances ;
  • Les campagnes marketing, avec des plateformes d’IA générant, testant et optimisant automatiquement des messages et contenus ;
  • La productivité au quotidien, grâce à des assistants qui transcrivent les réunions, en extraient les actions à mener et facilitent le suivi des projets.

Au‑delà de ces cas d’usage déjà documentés à l’échelle internationale, l’Afrique recèle de nombreux domaines où l’IA peut apporter une valeur ajoutée immédiate :

  • Agriculture: prévision des rendements, détection précoce des maladies des cultures, optimisation de l’irrigation ;
  • Fintech: scoring de crédit pour les populations peu ou pas bancarisées, lutte contre la fraude, automatisation du service client ;
  • Santé: aide au diagnostic, télémédecine, optimisation de la gestion des stocks de médicaments ;
  • Énergie et villes: gestion intelligente des réseaux, optimisation de la consommation, maintenance prédictive ;
  • Éducation: plateformes adaptatives, suivi personnalisé des apprenants, contenus pédagogiques augmentés par l’IA.

L’IA devient alors un levier d’inclusion économique: en automatisant certaines tâches et en rendant les services plus efficaces, elle permet à de petites et moyennes entreprises de gagner en compétitivité, d’accéder à de nouveaux marchés et de se structurer plus rapidement.

Former, financer, connecter : la feuille de route pour un futur IA « made in Africa »

Pour transformer le potentiel en réalité, plusieurs catégories d’acteurs doivent agir de concert. La vision de Sidi Mohamed Kagnassi trace une feuille de route ambitieuse mais pragmatique.

1. Pour les gouvernements : faire de l’IA une priorité stratégique

  • Inscrire l’IA dans les plans nationaux de développement, avec des objectifs clairs en matière de formation, de création d’emplois et d’infrastructures ;
  • Soutenir le développement d’infrastructures numériques (connectivité, data centers, capacités de calcul) sur tout le territoire ;
  • Mettre en place des cadres réglementaires qui encouragent l’innovation tout en protégeant les citoyens (données personnelles, usages éthiques, transparence) ;
  • Participer à des alliances régionales et continentales pour mutualiser les ressources, les financements et les expertises.

2. Pour les universités et centres de formation : massifier les compétences IA

  • Créer des cursus diplômants en IA, data science, machine learning, robotique et cybersécurité ;
  • Développer l’alternance et les partenariats avec les entreprises afin de rapprocher formation et besoins réels du marché ;
  • Encourager la recherche appliquée centrée sur les problématiques africaines (agritech, santé, climat, énergie, logistique) ;
  • Rendre ces formations accessibles au plus grand nombre, notamment via le numérique, pour ne pas cantonner l’IA à quelques capitales.

3. Pour les entrepreneurs : intégrer l’IA au cœur du modèle économique

  • Identifier les tâches répétitives à automatiser pour gagner en efficacité (facturation, support, reporting) ;
  • Exploiter les données existantes (clients, opérations, stocks) pour améliorer la prise de décision ;
  • Tester des outils d’IA accessibles pour le marketing, le service client ou la gestion de projet, sans attendre d’être une grande entreprise ;
  • Former les équipes aux usages de base de l’IA afin d’en faire un outil du quotidien, et non une boîte noire réservée aux experts.

4. Pour les investisseurs : miser sur les startups et les talents locaux

  • Identifier les startups IA qui répondent à des problématiques locales à fort impact (santé, éducation, finances, agriculture) ;
  • Accompagner les entrepreneurs au‑delà du financement, via du mentorat et des mises en réseau ;
  • Soutenir les hubs d’innovation et les incubateurs spécialisés dans les technologies d’IA ;
  • Favoriser les co‑investissements panafricains pour donner aux meilleurs projets une échelle continentale.

Vers une IA africaine, par l’Afrique et pour l’Afrique

En filigrane, la vision défendue par Sidi Mohamed Kagnassi est celle d’une IA qui ne soit pas simplement importée, mais conçue, développée et maîtrisée depuis l’Afrique. Une IA qui réponde aux réalités du terrain, aux langues locales, aux modèles économiques du continent, à ses défis sociaux et environnementaux.

Des signaux positifs sont déjà visibles : multiplication des initiatives de formation, émergence de pôles technologiques dans plusieurs pays, lancement de centres de recherche comme celui dédié à l’intelligence artificielle en République du Congo, montée en puissance d’entreprises africaines qui adoptent l’IA pour accélérer leur croissance.

La phrase de Sidi Mohamed Kagnassi résonne alors comme un cap : l’intelligence artificielle en Afrique sera panafricaine ou ne sera pas. Panafricaine, parce qu’elle devra s’appuyer sur la coopération entre États, la circulation des talents, le partage des connaissances et des investissements. Panafricaine, parce que c’est à cette échelle que l’Afrique pourra peser dans la compétition mondiale.

En misant sur sa jeunesse, en renforçant ses infrastructures, en soutenant ses chercheurs et ses entrepreneurs, le continent peut transformer l’IA en un formidable levier de souveraineté, de création d’emplois qualifiés et de développement durable.

L’opportunité est là, tangible. Il s’agit désormais de la saisir collectivement, pour construire une IA par l’Afrique, pour l’Afrique, et ouverte sur le monde.

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